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Le Mirage de « Baleine » : Quand la Souveraineté Pétrolière Oublie le Citoyen Ivoirien
Par Oudi one, Le Néophyte Contributeur Spécial, Abidjan
L’histoire ressemble à un conte de fées industriel. En moins de deux ans, la Côte d’Ivoire a transformé une découverte sous-marine en un géant pétrolier nommé « Baleine ». Un gisement « Éléphant » de 2,5 milliards de barils, une exploitation à « zéro émission nette », et une mise en production record. Pour l’État ivoirien, c’est une preuve de « maestria » politique et financière. Mais derrière les chiffres vertigineux et les communiqués de victoire, une question persiste : pour qui cette baleine nage-t-elle vraiment ?
L’Audace des Milliards
Ce qui frappe dans le dossier Baleine, c’est l’incroyable audace financière dont a fait preuve le régime d’Abidjan. Pour s’assurer que la société nationale, PETROCI, ne soit pas réduite à un simple spectateur, l’État a déployé une garantie souveraine monumentale de 10 milliards d’euros.
C’est un coup de maître. En garantissant ces investissements, la Côte d’Ivoire a pu renégocier sa part de gâteau, passant de 10 % à plus de 22 % du capital. Cette "maestria", portée par des architectes de l'ombre et une volonté politique de fer, a prouvé que lorsqu'un secteur promet des devises fortes et des rendements en dollars, l'État sait se montrer aussi agile et déterminé qu'une multinationale de la Silicon Valley.
Le Paradoxe du Logement
Pourtant, cette agilité disparaît dès que l'on quitte le littoral pour s'enfoncer dans les quartiers populaires d'Abidjan. Le contraste est saisissant, presque cruel. Comment expliquer qu'un régime capable de garantir 10 milliards d'euros pour extraire du pétrole à 2 000 mètres de profondeur soit incapable de mobiliser ne serait-ce qu'un milliard pour garantir un programme massif de logements sociaux ?
On nous répond « risque », « rentabilité » ou « solvabilité ». Mais le risque social de voir une génération entière incapable de se loger n'est-il pas plus grand que le risque financier d'un forage ? Si l'on peut courtiser Eni ou Vitol avec des tapis rouges et des garanties souveraines, pourquoi ne peut-on pas attirer les géants mondiaux du bâtiment avec la même détermination ? Le logement en Côte d'Ivoire reste le parent pauvre, livré à des promoteurs locaux souvent sous-capitalisés, alors que le modèle de partenariat public-privé de Baleine aurait pu être la matrice d'une révolution urbaine.
L'Électricité : Le Prix de l'Ironie
L'argument ultime pour justifier Baleine était l'indépendance énergétique. Le gaz de Baleine devait nourrir nos centrales et alléger le fardeau des Ivoiriens. La réalité ? En janvier 2024, alors que le pétrole coulait déjà, le prix du kWh a bondi de 10 %. On nous explique doctement qu'il faut « éponger la dette du secteur ».
C’est ici que le bât blesse. La réussite macroéconomique de la Côte d’Ivoire — cette croissance qui séduit le FMI et les investisseurs — ne « ruisselle » pas. Elle sert à rembourser les infrastructures qui servent à produire la richesse. C'est un serpent qui se mord la queue : nous nous endettons pour produire une énergie qui coûte finalement plus cher au citoyen.
Pour une Souveraineté Sociale
La "maestria" n'est complète que lorsqu'elle améliore la vie du plus grand nombre. La souveraineté pétrolière ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen. Tant que les revenus de PETROCI et la signature de l'État ne serviront pas à garantir des crédits immobiliers à taux zéro ou à stabiliser réellement le panier de la ménagère, « Baleine » restera un trophée prestigieux sur le mur d'un ministère, tandis que l'Ivoirien moyen continuera de se noyer dans la cherté de la vie.
Il est temps que l'audace dont le gouvernement a fait preuve en mer rejoigne la terre ferme. La véritable découverte ne sera pas le pétrole, mais la volonté d'utiliser cette puissance financière pour loger et nourrir son peuple.
Signé : Oudi one, Le Néophyte
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