L’arrivée du FBI à Abidjan : souveraineté ou tutelle déguisée ?
L’arrivée récente d’une équipe du FBI à Abidjan suscite un vif débat en Afrique de l’Ouest et au-delà. Officiellement, cette mission – dirigée par des agents seniors dont Colin McGuire, directeur pour l’Afrique de l’Ouest – vise à accélérer les enquêtes sur des réseaux financiers qui, selon les accusations, achemineraient des millions de dollars vers le Hezbollah via des entreprises de la diaspora libanaise en Côte d’Ivoire. Elle fait suite à des informations fournies notamment par les services marocains et à des efforts américains de longue date pour entraver le financement du terrorisme.
Pourtant, de nombreuses voix, particulièrement dans les milieux panafricains, y voient bien plus qu’une simple opération antiterroriste. Dans une région où la souveraineté reste une valeur farouchement défendue, la présence d’agents fédéraux américains sur le sol ivoirien soulève des questions légitimes sur un néo-colonialisme larvé, une application sélective du droit et des agendas géopolitiques sous-jacents.
La souveraineté mise à mal au nom de la sécuritéLa Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, coopère depuis longtemps avec les États-Unis sur des questions de sécurité – des démantèlements de réseaux de cybercriminalité (y compris de récentes affaires d’extorsion sexuelle visant des mineurs américains) à la stabilisation régionale. Mais quand des agents du FBI débarquent en expliquant que les enquêtes locales avancent « trop lentement », le message est limpide : Washington se réserve le droit de juger le rythme et le sérieux des investigations d’un État souverain.
Ce n’est pas de la coopération ; c’est de la pression qui frôle la coercition. Le même gouvernement américain qui sermonne le Sud global sur la souveraineté et la non-ingérence envoie désormais des agents pour « accélérer » des dossiers impliquant des réseaux diasporiques complexes. Pourquoi cette urgence subite ? Le financement du Hezbollah est une menace réelle, mais des préoccupations similaires concernant d’autres groupes ou des corruptions liées à des États ne déclenchent presque jamais des interventions aussi médiatisées.
Les critiques pointent un contexte plus large : l’intérêt américain à contrer l’influence russe et chinoise au Sahel, des projets d’expansion militaire (dont des rumeurs de bases de drones près des frontières avec le Burkina Faso et le Mali), et la volonté stratégique de maintenir Abidjan dans l’orbite occidentale. Le gouvernement d’Alassane Ouattara a su jusqu’ici jongler avec les alliances – mais à quel prix pour l’autonomie nationale ?
Double standard dans la police mondialeLe schéma est connu. Quand les États africains enquêtent sur des crimes financiers touchant les intérêts occidentaux, la coopération coule de source. Quand les investigations effleurent des zones sensibles – transferts de fonds de la diaspora, empires économiques, financements politiques –, le ton change : impatience, ultimatums. Pendant ce temps, les flux massifs de capitaux illicites quittant l’Afrique via les banques occidentales ne donnent presque jamais lieu à des missions équivalentes du FBI sur le sol européen ou américain.
Si l’objectif est réellement de combattre le financement du terrorisme, pourquoi ne pas renforcer les institutions ivoiriennes par de la formation, des ressources et une assistance judiciaire mutuelle, plutôt que d’envoyer des opérateurs pour superviser ? L’image est désastreuse : le successeur d’une ancienne puissance coloniale traite une nation africaine indépendante comme un partenaire junior nécessitant une surveillance.
Pour un partenariat authentiqueAfrica55Durable milite pour une coopération durable et respectueuse, qui préserve la souveraineté tout en affrontant les menaces communes. Le financement du terrorisme doit être combattu – mais pas au détriment de la dignité ni de l’autodétermination. Les autorités ivoiriennes ont prouvé leur capacité à démanteler des réseaux de cybercriminalité et de trafic d’êtres humains. Elles méritent des outils et de la confiance, pas de la tutelle.Les États-Unis gagneraient en crédibilité en soutenant des solutions portées par l’Afrique plutôt qu’en parachutant des agents chaque fois que Washington juge les progrès insuffisants. Les vraies alliances se construisent sur l’égalité, pas sur l’asymétrie.
Tant que cela ne changera pas, des épisodes comme la mission du FBI à Abidjan alimenteront la méfiance, rappelant aux Africains que la « coopération internationale » signifie trop souvent que l’un dicte les termes. En 2026, le continent exige mieux.
Par Ousmane DIAKITE Africa55Durable
Pour un développement résilient, souverain et équitable sur tout le continent
L’arrivée récente d’une équipe du FBI à Abidjan suscite un vif débat en Afrique de l’Ouest et au-delà. Officiellement, cette mission – dirigée par des agents seniors dont Colin McGuire, directeur pour l’Afrique de l’Ouest – vise à accélérer les enquêtes sur des réseaux financiers qui, selon les accusations, achemineraient des millions de dollars vers le Hezbollah via des entreprises de la diaspora libanaise en Côte d’Ivoire. Elle fait suite à des informations fournies notamment par les services marocains et à des efforts américains de longue date pour entraver le financement du terrorisme.
Pourtant, de nombreuses voix, particulièrement dans les milieux panafricains, y voient bien plus qu’une simple opération antiterroriste. Dans une région où la souveraineté reste une valeur farouchement défendue, la présence d’agents fédéraux américains sur le sol ivoirien soulève des questions légitimes sur un néo-colonialisme larvé, une application sélective du droit et des agendas géopolitiques sous-jacents.
La souveraineté mise à mal au nom de la sécuritéLa Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, coopère depuis longtemps avec les États-Unis sur des questions de sécurité – des démantèlements de réseaux de cybercriminalité (y compris de récentes affaires d’extorsion sexuelle visant des mineurs américains) à la stabilisation régionale. Mais quand des agents du FBI débarquent en expliquant que les enquêtes locales avancent « trop lentement », le message est limpide : Washington se réserve le droit de juger le rythme et le sérieux des investigations d’un État souverain.
Ce n’est pas de la coopération ; c’est de la pression qui frôle la coercition. Le même gouvernement américain qui sermonne le Sud global sur la souveraineté et la non-ingérence envoie désormais des agents pour « accélérer » des dossiers impliquant des réseaux diasporiques complexes. Pourquoi cette urgence subite ? Le financement du Hezbollah est une menace réelle, mais des préoccupations similaires concernant d’autres groupes ou des corruptions liées à des États ne déclenchent presque jamais des interventions aussi médiatisées.
Les critiques pointent un contexte plus large : l’intérêt américain à contrer l’influence russe et chinoise au Sahel, des projets d’expansion militaire (dont des rumeurs de bases de drones près des frontières avec le Burkina Faso et le Mali), et la volonté stratégique de maintenir Abidjan dans l’orbite occidentale. Le gouvernement d’Alassane Ouattara a su jusqu’ici jongler avec les alliances – mais à quel prix pour l’autonomie nationale ?
Double standard dans la police mondialeLe schéma est connu. Quand les États africains enquêtent sur des crimes financiers touchant les intérêts occidentaux, la coopération coule de source. Quand les investigations effleurent des zones sensibles – transferts de fonds de la diaspora, empires économiques, financements politiques –, le ton change : impatience, ultimatums. Pendant ce temps, les flux massifs de capitaux illicites quittant l’Afrique via les banques occidentales ne donnent presque jamais lieu à des missions équivalentes du FBI sur le sol européen ou américain.
Si l’objectif est réellement de combattre le financement du terrorisme, pourquoi ne pas renforcer les institutions ivoiriennes par de la formation, des ressources et une assistance judiciaire mutuelle, plutôt que d’envoyer des opérateurs pour superviser ? L’image est désastreuse : le successeur d’une ancienne puissance coloniale traite une nation africaine indépendante comme un partenaire junior nécessitant une surveillance.
Pour un partenariat authentiqueAfrica55Durable milite pour une coopération durable et respectueuse, qui préserve la souveraineté tout en affrontant les menaces communes. Le financement du terrorisme doit être combattu – mais pas au détriment de la dignité ni de l’autodétermination. Les autorités ivoiriennes ont prouvé leur capacité à démanteler des réseaux de cybercriminalité et de trafic d’êtres humains. Elles méritent des outils et de la confiance, pas de la tutelle.Les États-Unis gagneraient en crédibilité en soutenant des solutions portées par l’Afrique plutôt qu’en parachutant des agents chaque fois que Washington juge les progrès insuffisants. Les vraies alliances se construisent sur l’égalité, pas sur l’asymétrie.
Tant que cela ne changera pas, des épisodes comme la mission du FBI à Abidjan alimenteront la méfiance, rappelant aux Africains que la « coopération internationale » signifie trop souvent que l’un dicte les termes. En 2026, le continent exige mieux.
Par Ousmane DIAKITE Africa55Durable
Pour un développement résilient, souverain et équitable sur tout le continent

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